L'ALTERATION DE LA SEXUALITE
CHEZ LE DEPENDANT
I. LE MAINTIEN DANS UNE SEXUALITE IRREELLE, DECONNECTEE
A. UNE SEXUALITE CHIMERIQUE
Des rapports sexuels idéalisés
La
sexualité n’est pas forcément une chose aisée.
En effet, une relation sexuelle peut être source de déception.
Un rapport peut être douloureux, ou révéler les limites
physiques des partenaires. Il peut être source de toutes sortes de
conflits.
La pornographie, elle, vend une sexualité idyllique. Les femmes y
sont disponibles. Il n’y a jamais de défaillance sexuelle.
Les rapports sexuels sont présentés comme incroyablement longs,
et toutes les formes de sexualité, des plus classiques aux plus extrêmes,
sont envisageables. La jouissance y est omniprésente. Il n’y
a pas non plus d’imperfections physiques. Bref, tout va pour le mieux
dans le meilleur des mondes!
Cette sexualité n’existe évidemment pas. Ce n'est qu'une chimère, une publicité commerciale à la gloire des pornocrates.
La pornographie "vend du sexe": comme toute forme de publicité, elle se doit d'idéaliser les choses.
Cependant, le dépendant aura tendance à se laisser convaincre par le mirage! Il est en effet beaucoup plus facile pour lui de se réfugier dans ce stéréotype de sexualité, que de chercher une satisfaction sexuelle dans le monde réel. Ce que proposent les pornocrates est si tentant ; pourquoi devrait-il s’y refuser ? Frédéric JOIGNOT expliquait que la pornographie constituait "pour nombre de consommateurs amateurs, une autre manière de "vivre" le sexe" (4)
Une vaine recherche de partenaires sexuels
Dans la très très grande majorité de sa production, la pornographie présente les femmes comme des poupées de chair perpétuellement disponibles, et entièrement soumises au plaisir de l’homme. Les femmes n'ont pas de limites dans leurs pratiques, si ce n'est celles que leur imposent (rarement) les hommes. Le dépendant a intériorisé cette vision de la sexualité. De façon plus ou moins consciente, plus ou moins admise, il croît ou espère que la sexualité se passe de cette façon.
Se posera alors pour lui la douloureuse étape du retour sur Terre! Cette vision de la sexualité est évidemment complètement erronée. La sexualité se construit bien autour du respect et de l’écoute l’un de l’autre. On ne peut aller au-delà du seuil de pratique le plus bas des pratiquants. Le dépendant rêve d'une sexualité hors-norme, ne trouvant plus de satisfaction dans la sexualité conventionnelle.
Aussi, nombre de dépendants entretiennent une forme de déception, de rancoeur vis à vis de la sexualité classique. Ils ont beaucoup de mal, dans la "vraie vie", à trouver les partenaires dont ils rêvent, et encore plus à établir une relation sur le long terme (4). Ils cherchent désespérément la sexualité inventive que leur vend la pornographie. Or, comme le rappelle Gérard Bonnet, « il n’y a pas de sexualité possible sans répétition : depuis la plus haute antiquité, on s’est efforcé d’enseigner aux hommes comment varier les plaisirs, diversifier les positions, multiplier les expériences, et les sexologues comme les magazines spécialisés rivalisent d’inventivité. Mais quoi que l’on fasse, cela aboutit au même résultat. » (2)
B. L'ENTRETIEN DE LA MISERE SEXUELLE ET DE LA FRUSTRATION
La frustration est le moteur de la pornographie
Le consommateur peut également éprouver du désintérêt, ou de la peur, pour les relations sexuelles conventionnelles. En effet, il crève d'envie de faire ce qu'il voit à l'écran, mais sait parfaitement que cela lui est impossible. Il ne connaît pas les partenaires sexuels adéquats (ces derniers existent-ils seulement?); il ne peut physiquement se soumettre à cette sexualité extrême qui l'attire. Ou bien, il y a goûté, mais en est revenu extrêmement déçu.
Dans tous les cas, le dépendant éprouve une véritable misère sexuelle, "cette misère est grande, car les gens ont des tas de représentations sur ce qu'ils pourraient faire et ils crèvent à petit feu parce que ce rêve ne se réalise pas" (2). C'est cette misère qui est bonne pour la pornographie, car elle est la pierre angulaire du marché: les frustrés consomment pour évacuer leur frustration, et sont frustrés parce qu'ils consomment.
Frédéric
JOIGNOT faisait dans son livre un parallèle entre la vision des films
pornographiques et la visite aux prostituées. Toutes deux sont en
effet de vaines tentatives de combler une misère sexuelle (4) Cependant,
la grande différence est que la consommation de pornographie n’est
pas considérée par son usager, comme une forme de tromperie.
Elle est également socialement beaucoup mieux admise. La prostitution
est, de surcroît, illégale !
C’est pour cela que la pornographie s'est aujourd'hui imposée
comme le nouveau palliatif aux sexualités défaillantes. Pourtant,
en entretenant le fantasme d’une sexualité irréelle,
elle est la cause du malheur de ses utilisateurs.
La pornographie empêche la formulation de fantasmes autonomes
Un
fantasme est l’expression d’une pensée sexuelle dans
un contexte précis. Elle découle principalement du vécu
du fantasmeur, éventuellement de la connaissance du vécu du
fantasmé, ou d’un contexte particulier (lieu de travail, de
vacances, etc.)
La
pornographie impose des fantasmes. La pornographie, en effet, ne
laisse nullement place à l’imagination : elle impose des vues
sexuelles, des positions. Elle standardise les fantasmes.
Le dépendant est tellement habitué à ce que la pornographie
lui amène sur un plateau son univers fantasmatique, qu'il peut se
révéler incapable d'en développer un seul.
D’ailleurs,
chez nombre de dépendants, la pornographie est partie prenante du
fantasme. Les fantasmes les plus courants aujourd’hui sont directement
nés de la pornographie (relation à plusieurs, soumettre sa
compagne à un ou plusieurs inconnus, fantasmes de lingerie, de relations
sexuelles filmées, de photos érotiques…)
A partir du moment où le dépendant n’est plus capable
de formuler seul un fantasme, il ne peut se le réapproprier. Il ne
fait que projetter sur le corps de l’autre ce qu’il a vu à
l’écran. La richesse de ses relations sexuelles peut en pâtir.
L'illusoire et désastreuse théorie de la catharsis
Jusque
dans les années 1990, certains « spécialistes »
ont affirmé le caractère palliatif de la pornographie, face
à certains troubles sexuels.
La
pornographie aurait eu le pouvoir de combler la frustration sexuelle. Elle
aurait même été capable d'aider les criminels sexuels
à contenir leurs pulsions. Cette théorie, dite de la «
catharsis », a amené des générations de sexologues
à encourager la pornographie, pour guérir aussi bien les programmes
sexuels des couples, que les perversions sexuelles des criminels.
Aujourd’hui,
l’absurdité de cette théorie apparaît évidente.
La pornographie ne soigne pas la frustration, mais au contraire, la maintient!
Le remède proposé était bien pire que le mal....
Pour preuve, dans la vie de la plupart des criminels sexuels, la pornographie
joue un rôle d’excitant. Beaucoup annoncent avoir passé
à l’acte en vue de réaliser leurs fantasmes pornographiques
(voir à ce titre, l'article "Pornographie
et criminalité")
L'habituation à une vision extrême et violente de la sexualité
La
pornographie présente une sexualité « de l’extrême
», où les rapports conventionnels sont dénigrés
au profit d’actes plus poussés, plus techniques, mais aussi
plus violents.
Le dépendant trouve son excitation dans cette monstration
de technicité et de violence. Petit à petit, par
un phénomène d’habituation, il ne trouve plus d’excitation
dans des rapports conventionnels. Seule la vision de rapports extrêmes
arrive encore à l'exciter. Au fur et à mesure, le dépendant
augmente les doses de "hard", afin de maintenir son excitation.
TEMOIGNAGE Mathias, 32
ans, marié, deux enfants, a vécu l’engrenage
du sexe par cyberprocuration : « Je passais des heures
à me caresser devant l’écran. Il m’en
fallait toujours plus. Toujours plus cru, toujours plus hard. Mais
au bout d’un certain temps, je finissais par m’habituer.
» |
TEMOIGNAGE Claude
passe ses nuits entières devant son ordinateur, et désinvestit
toute vie familiale, il ne partage plus rien avec sa femme ni avec
leurs deux enfants. Dès qu’il rentre du travail, il
se jette sur son PC pour ne tout juste décrocher qu’au
moment des repas. Mais plus encore, Claude se focalise sur des sites
pornos qui dégoûtent sa femme. |
La situation peut se révéler dramatique lorsque le dépendant essaie d'imprimer sur sa compagne les fantasmes violents qu'il a intériorisés. Ces dernières ne suivent pas forcément leurs compagnons dans leur univers fantasmatique. Certaines, au lieu de s'opposer, se résignent, ce qui peut entraîner les séquelles psychologiques qu'on imagine.
Richard Poulin, à l'occasion des travaux de son livre "La Violence pornographique", avait posé cette simple question à des femmes interviewées: "avez-vous déjà été indisposées par quelqu'un qui voulait vous amener à faire quelque chose qu'il avait vue dans des livres, des images ou des films pornographiques? Si oui, pourriez-vous nous parler brièvement de l'expérience qui vous a le plus choquée?"
Les réponses qu'il a récoltées sont édifiantes:
"Réponse
D : Il s’agissait de gifles et des coups. Le plus troublant, c’est
qu’il pensait que cela m’excitait.
Réponse G : Mon mari aime beaucoup les films pornos. Ses idées
de m’introduire des objets dans mon vagin m’avaient toujours
choquée. Il avait l’habitude de m’obliger à le
faire, ou de mettre lui-même tout ce qu’il voulait dans mon
vagin.
Réponse H : Il m’avait forcée à le sucer. Il
voulait aussi verser du champagne sur mon vagin.
Réponse I : Le coït anal. Quand je lui ai dit « non »,
il l’a fait quand même. Cela m’a fait terriblement mal."
Source : La Violence pornographique, par Richard Poulin. Troisième partie : Les effets de la consommation. Chapitre VI : La violence sexuelle. Editions Cabédita, Collections Archives Vivantes.
C. L'ENTRETIEN D'UNE PRATIQUE MASTURBATOIRE EXCESSIVE
La masturbation (ou onanisme) est une activité inséparable de la consommation de pornographie. En effet, toutes deux sont des plaisirs quasi exclusivement solitaires.
La
masturbation est à la fois la cause et la conséquence de la
pornographie; le consommateur de pornographie se masturbe parce
qu’il voit du porno ; il voit du porno pour pouvoir s’exciter
et se masturber.
Mais pour le dépendant, la pratique de la masturbation prend un tour compulsif, obsessionnel. Le dépendant a recours à la masturbation par besoin ou par habitude, beaucoup plus que par plaisir. Certains dépendants continuent de se masturber de façon compulsive, quand bien même ils ont accès à un partenaire sexuel régulier.
Le dépendant perd alors petit à petit son intérêt pour la sexualité "relationnelle". Ce qui excite le dépendant, ce ne sont plus tant les scènes pornographiques qu’il fait défiler dans sa tête : mais bien le fait de les faire défiler. Le sexe devient pour le dépendant une « affaire cérébrale, une fantasmatisation pratique (…) déconnectée de la relation à autrui » (2). Cette dernière est en effet beaucoup plus hasardeuse, et peut se révéler plus décevante, qu’une séance de masturbation qu'on a l'impression de maîtriser. Les dépendants ont abandoné l'aspect relationnel du sexe, au profit d'une vision uniquement fantasmatique. Ils ne ressentent plus autant de désir et de plaisir à faire l'amour avec un partenaire.
TEMOIGNAGE D'ALDORINO, 21 ANS
Voila j'ai 21 ans et jusqu'à tout récemment je n'aurais jamais pensé en arriver là, c'est-a-dire à un stade où j'ai un problème de dépendance sexuelle (...) j'ai commencé à me masturber assez tardivement dans ma vie (vers 15 ans) et j'ai véritablement commencé à regarder des images pornos à l'age de 16 ans. Mais ça n'a jamais été abusé (...) En 2008 j'ai achetté un pc portable (pour mes études) et j'ai alors commencé à visiter les sites pornos beaucoup plus souvent et à mon aise...au départ je n'y voyais pas de problème puisque c'était pas abusé mais quelques mois plus tard j'ai commencé à me masturber très souvent tout en mattant les sites pornos (photos/vidéos). Je ne passais pas énormément de temps à matter, c'était juste pour me masturber mais c'était très fréquent. Il m'arrivait de me masturber 5-6 jours consécutifs et cela 1 a 3 fois par jour. J'avais alors constaté que ce cercle nuisait à mes études et il arrivait même que je me gardes et reserves des jours uniquement pour ça ! C'était comme si je ressentais le désir de me masturber sans nécessairement avoir une réelle envie sexuelle (...) Parfois je pense à la porno lors de situations totalement non-appropriées et c'est là que je peux constater que j'ai effectivement un problème. Je peux me lever un matin et une fois sous la douche je pense à la masturbation devant les images que je compte faire en après-midi ou en soirée... (...) c'est pathétique.
Source : témoignage d'Aldorino, 17 mars 2010, sur le forum du site www.pornodependance.com |
La
masturbation finit par devenir pour le dépendant son unique forme
de sexualité. Mais cette dernière ne saurait satisfaire pleinement
un individu, dans la mesure où la relation à l’autre
est ici inexistante. La pornographie entretient ainsi la frustration:
le dépendant se masturbe parce qu’il ne peut pas faire autrement
; mais sait-il encore faire autrement ?
Le dépendant s’entraîne lui-même dans un cercle
vicieux de misère sexuelle, dont il lui sera difficile de sortir.
Il se masturbe pour oublier sa misère sexuelle et sombre dans la
misère sexuelle parce qu’il se masturbe.
III. L'ALTERATION DE LA SEXUALITE DU DEPENDANT: EFFETS A COURT ET LONG TERME
La
pornographie, en théorie, stimule la libido, par l’hypertrophisation
de la pulsion sexuelle.
A court terme, elle entretient le consommateur dans un état d’excitation
sexuelle. Ce dernier a alors tendance à projeter une fantasmagorie sexuelle
sur le monde qui l’entoure. Il est sexuellement et continuellement
surexcité.
Mais à long terme, l’usage continu de pornographie entraîne une lassitude
vis-à-vis de la sexualité. Une sorte de ras-le-bol, de sentiment de « déjà
vu » saisit le consommateur. A long terme, le consommateur perd son excitation.
Il convient de préciser que cette observation ne s’applique pas aux
pervers sexuels. Pour eux, la pornographie jouera surtout un rôle dans l'entretien
de leurs perversions; la phase d'altération sera souvent remplacée par une
phase de passage à l'acte. (voir
à ce titre la page « Pornographie et criminalité
»)
A. A COURT TERME: MAINTIEN D'UNE EXCITATION ET D'UNE AGRESSIVITE PASSAGERE
Une excitation sexuelle entretenue
L'accoutumance à l'érotisme et la pornographie a tendance à hypertrophier la pulsion sexuelle, qui devient alors susceptible d'être constamment éveillée. Le drogué à la pornographie, projette ses fantasmes sur tout ce qu'il rencontre. La consommation de pornographie est donc logiquement suivie d’une phase de formulation de fantasmes.
Note
: les observations cliniques qui suivent sont issues des travaux de la Commission
U.S. sur l’obscénité et la pornographie (1971) (6)
Nous ne partageons pas les résultats de cette Commission, dont les
conclusions, datées de 40 ans, avaient abouti à une très faible nocivité
de la pornographie. Mais en 40 ans, les choses ont changé! La pornographie
est beaucoup plus ancrée dans notre société, au point tel que des générations
entières ont vu leur construction de la sexualité influencée par la pornographie.
Mais surtout, la pornographie est aujourd'hui beaucoup plus hard et violente:
ce qu'à l'époque, on appellait "pornographie", serait massivement
considéré aujourd'hui comme du "simple érotisme".
Je reproduis ici toutefois les observations cliniques, indépendamment de leurs interprétations.
Les membres de la Commission ont observé que, suite à la projection de scènes érotiques, nombre de cobayes cherchent à obtenir un apaisement sexuel (sous la forme d’un rapport sexuel ou d’une masturbation, selon que le cobaye ait ou non possibilité d’obtenir un partenaire sexuel). Ce phénomène est particulièrement marqué chez les hommes et les femmes de moins de 25 ans.
Cette « frénésie sexuelle » s’étale dans les 24 heures suivant l’exposition, pour finalement redescendre dans les 48 heures.
La pornographie joue donc indéniablement sur notre état sexuel, en suscitant une activité sexuelle plus accrue. En cela, la pornographie joue donc bien le rôle d’un excitant à court terme.
Le maintien dans un état d'agitation et d'agressivité
"Mon mari est devenu agressif et colérique dans la vie quotidienne (...) Une sorte de seconde personnalité prend le dessus..."
Témoignage sur le site orroz.freesurf.fr
Les membres de la Commission ont également questionné les cobayes, sur leurs évolutions comportementales suite à l’exposition à la pornographie. Après une semaine de vision soutenue de films érotiques, les étudiants et étudiantes ont déclaré des évolutions dans leurs ressentis. Ils se sentent généralement plus « agités intérieurement », et « irrités ».
Les garçons se déclarent plus « grégaires », et « spontanés » ; ils avancent
avoir de la « difficulté à se concentrer », se sentent « mal à l’aise »,
« actifs », « ayant des difficultés pour dormir ». Les filles se décrivent
comme plus « émotives », « sauvages », « déshinibées », « en forme », et
« étourdies ».
Il apparaît donc que l’état d’excitation causé par la pornographie, ne se limite pas au domaine sexuel, mais déborde sur l’ensemble de la sphère comportementale. A court terme, une consommation massive de pornographie maintient dans un état d’agitation, de nervosité qu’on ne lui reconnait pas. Il devient agressif, irritable, avec son entourage.
Nombre de dépendants en viennent à développer une sorte de schizophrénie; il y a "l'homme de tous les jours", et puis "l'homme en manque", beaucoup plus agressif.
B. A LONG TERME: UNE ALTERATION DE LA LIBIDO
Une perte d'intérêt pour la sexualité conventionnelle...
De
nombreux témoignages démontrent que, à long terme, des consommateurs assidus
de pornographie, perdent peu à peu leur intérêt pour les rapports sexuels.
Ainsi,
une jeune fille, à l’occasion de la rédaction de « La Perversion ordinaire
», se plaignait à l’auteur Jean-Pierre LEBRUN que son « mec est tellement
gavé de films porno qu’il met maintenant des heures à jouir. Plus rien ne
le bouleverse ! » (1)
A force
de visionner des images non stop de couples en plein ébat sexuel, nombre
de consommateurs surexposés viennent à ressentir une certaine lassitude.
Le sexe a perdu sa dimension relationnelle, son sens affectif, pour
ne devenir qu’une succession de poses techniques sans saveur.
Pour d’autres, qui se noient dans la pornographie, il finit par devenir
évident que le monde réel ne peut abreuver l’univers fantasmatique que leur
promet la pornographie. Le sexe « réel » perd alors son intérêt,
au profit de la sexualité virtuelle pornographique.
La seule étude expérimentale sur le sujet à ce jour, a révélé le fait qu’une exposition continue ou répétée aux stimuli érotiques pendant plus de 15 jours avait pour résultat une saturation (diminution marquée) de l’excitation sexuelle et de l’intérêt porté à ces matériaux. Dans cette expérience, l’introduction de stimuli sexuels originaux régénerait partiellement l’intérêt saturé; il se produisait également un renouveau d’intérêt après deux mois de non-exposition. (1)
...Y compris chez ceux qui travaillent au plus près de la pornographie
Le plus édifiant reste sans doute les témoignages de gens travaillant au plus près de la pornographie. Qu'ils travaillent pour le marché pornographique, ou soient juste des observateurs habitués, tous convergent dans le même sens.
Anne
Steiger a été durant cinq ans la « madame sexe » de différents magazines
pour adolescents. Elle a écrit sur le sexe a peu près tout ce qu’il était
possible d’écrire, le plus souvent sur un ton parodique, au détriment de
toute crédibilité journalistique, et raconte son expérience dans son livre
« La vie sexuelle des magazines : comment la presse masculine manipule
notre libido et celles ados » (Editions Michalon, 2006). (3)
A l’issue de cinq années d’intenses rédactions sexuelles, elle, qui se décrivait auparavant comme « plutôt à l’aise avec sa sexualité », en est venue, dans un chapitre judicieusement intitulé « Mes écrits m’ont tuée », au constat suivant : « impossible dorénavant de me laisser aller avec mon partenaire. La douleur. Le médecin vous dit que c’est une phobie de la pénétration. Par anticipation à la douleur, vous vous crispez, ce qui fait augmenter la douleur » (...) « Plusieurs mois se sont écoulés, je me suis décoincée. La sexualité a enfin retrouvé sa dimension magique ».
La responsable du stand de la Délégation Générale de la Santé, dans les différentes « foires au sexe », comme par exemple le salon de l’érotisme à Paris, exprime sa fatigue « à force de voir » défiler la pornographie devant ses yeux. Elle dit d’elle-même qu’elle n’a plus de « libido ». (2)
Milukman
(c’est évidemment un pseudonyme) est responsable de quelques sites pornographiques
sur Internet.
Dans son ouvrage « X Business, Les dessous du sexe sur Internet »
(Editions First, 2009), il s’exprime ainsi : « Une question revient
souvent : travailler dans le X, que ce soit en tant qu’éditeur, producteur
ou webmaster, n’engendre-t-il pas une certaine lassitude du sexe ? on ne
peut nier que le fait de travailler dans ce business peut parfois engendrer
une frustration sexuelle et perturber certains esprits. Il est évident qu'une
personne instable, ayant une propension à la déviance sexuelle, qui se lance
dans le X business par amour du porno, obsédée par le cul et qui, dès le
départ, a une vie sexuelle misérable, n'évoluera clairement pas vers la
sérénité la plus absolue en travaillant dans ce secteur. » (5)
C. DES CAS D'IMPUISSANCE
Les travaux de la sexologue Andrée Matteau
La
sexologue Andrée Matteau est une des pionnières de la recherche sur les
effets physiologiques de la pornographie. Richard Poulin, dans son livre
La Violence pornographie, retrace une expérience qu’elle a menée :
« Elle avait comme patient un homme souffrant d’impuissance secondaire,
c'est-à-dire d’une incapacité d’être en érection suffisante pour avoir une
relation sexuelle complète. Elle lui demande de bien vouloir se prémunir
d’un pléthysmographe, un appareil qui enregistre les variations et la circonférence
du pénis, ce qui permet d’évaluer le niveau d’excitation sexuelle.
Le patient est invité à regarder une série de diapositives représentant
l’action d’une effeuilleuse.
Lentement, l’aiguille de l’appareil de rétroaction du pléthysmographe enregistre
les variations de la tumescence pénienne et montre les degrés d’excitation
sexuelle. Tout va bien, le patient peut facilement être érection et peut
la maintenir.
Voilà donc un patient qui souffre d’impuissance secondaire et qui ne peut
pas faire l’amour. Par contre, il n’a aucun problème d’impuissance lorsqu’il
est mis en présence de matériel pornographique. »
Le
problème de ce patient n’est donc pas strictement physique, puisqu’il arrive
à maintenir une érection. Son problème est que seule la pornographie
l’excite suffisament pour maintenir cette érection.
Ce patient a donc déplacé son excitation de la vision du corps de la femme, à la montrance du corps de la femme. Sans excitation pornographique préalable, il est complètement incapable d’avoir une relation sexuelle continue: « Malgré un traitement sexologique complet, ce patient a continué à souffrir d’impuissance secondaire. Bref pour lui, le rapport sexuel fantasmagorique est resté plus satisfaisant que le rapport sexuel réel. » nous explique Richard Poulin.
Des cas d'excitation insuffisante, sans recours à un stimuli d'origine pornographique
Une
autre forme d’impuissance, est la nécessité pour un certain nombre d’hommes,
pendant les rapports sexuels, d’avoir recours à un imaginaire pornographique
pour pouvoir maintenir une érection suffisante.
Richard Poulin rappellait à ce titre le cas de cet homme, incapable d’être
suffisamment excité par sa partenaire si celle-ci ne revetissait pas les
sous-vêtements érotiques adéquats : ce dernier avait découvert la pornographie
vers l’âge de 7-8 ans, par le matériel pornographie de son père.
TEMOIGNAGE DE LUPUS
"Je découvre la pornodépendance ce soir, et je la prends en pleine face. Bien obligé: mon amie m'as mis face à mes problèmes, elles veut rompre car elle n'en peut plus: depuis un an et demi que nous sommes ensemble je n'arrive pas à lui faire l'amour "normalement", c'est à dire que je ne peux pas jouir / éjaculer dans un rapport normal. J'ai cru que ça s'arrangerait, puis j'ai été voir un sexologue. ce dernier n'a pas compris le pb. Il m'a dit qu'il fallait se détendre etc... des conneries quoi.
En fait j'ai été pornodependant (...) Ca a
commencé durant mon mariage, qui s'est soldé par un divorce, puis
la période de divorce a été l'occasion pour moi de (...) visionner
tous les films que je pouvais. J'en ai profité autant que possible.
Comportement classique du pornodépendant: De plus en plus en quantité
et en intensité.
Source : témoignage de Lupus, 28 avril 2010, sur le forum du site www.pornodependance.com
TEMOIGNAGE DE NOVA
"J'ai le même problème que Lupus: quand je fais l'amour avec ma copine,je pense à des scenes x sinon il m'est impossible de jouir. J'ai découvert le porno assez jeune, bien avant la sexualité réelle et j'ai consommé énormément d'images porno. Du coup, tous mes fantasmes et ma conception de la sexualité sont basés dessus. Donc même si j'arrive à arrêter le porno, je me demande comment faire pour retrouver (ou tout simplement trouver parce que je n'en ai jamais eu) une excitation saine."
Source : témoignage de Nova, 30 avril 2010, sur le forum du site www.pornodependance.com |
AFREG. 1ère version, Mars 2010. Corrections: Mai 2010 Partager
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.......Citations:
- Source 01 La Perversion ordinaire. Vive ensemble sans autrui,Jean-Pierre LEBRUN, Paris, Denoêl, 2007, p272)
- Source 02: La pornographie et ses images, par Patrick Baudry.
- Source 03: La vie sexuelle des magazines : comment la presse masculine manipule notre libido et celles ados » (Editions Michalon, 2006). (Anne Steiger
- Source 04: Gang Bang, enquête sur la pornographie de la démolition, par Frédéric Joignot, Editions Seuil, Non Conforme, janvier 2007
- Source 05: X Business, Les dessous du sexe sur Internet » (Editions First, 2009),
- Source 06: L’Obscénité
et la pornographie, Extrait du rapport de la commission U.S., 1971, Union
Générale d’Editions, collection 10/18
Mais aussi:
- Les Femmes, la pornographie, l’érotisme, par : Marie-Françoise HANS et G. LAPOUGE, Editions du Seuil, Points Actuels, 1978
- Le concensus pornographie, par Xavier Deleu
- Défi à la pudeur : quand la pornographie devient l’initiation sexuelle des jeunes, par Gérard Bonnet.
- Peut-on apprendre la sexualité avec les films X?, Les éditions de l'Hèbe, Collection La Question, Frédéric Ploton, octobre 2004