QUELLE VA-T-ETRE LA DUREE DE MON SEVRAGE ?
Sur le forum de ce site, une question revient régulièrement: "à quel moment vais-je pouvoir me dire que je suis guéri?" Il est normal de se se poser cette question, car connaître à l'avance la réponse permettrait de se rassurer, de se fixer clairement le but à atteindre. Mais il y va du sevrage comme de beaucoup de choses: on sait quand ça commence, mais pas quand ça va s'arrêter!
Bref, dans tous les cas, tout les candidats au sevrage arrivent au même but... mais chacun à son rythme.
I. QUELLE EST LA DUREE MOYENNE D'UN SEVRAGE ?
Il n'y pas de "durée standard" d'un sevrage. Tout simplement parce que chaque parcours, chaque dépendance, chaque personnalité, sont différents. Le but est commun... mais chacun va y aller va à son rythme.
Par exemple, certains auront dès le départ comme un "électrochoc", une prise de conscience brutale de leur état, ce qui leur permettra de ressentir rapidement les effets positifs du sevrage.
D'autres, par contre, seront beaucoup plus hésitants, n'arrivant pas à s'investir dès le début à 100% dans leur sevrage, souvent par crainte de souffrir. Ceux-là mettront plus de temps à voir les progrès arriver. Mais ils les verront arriver, s'ils restent rigoureux et convaincus qu'ils peuvent arriver à changer.
De plus, les progrès arrivent rarement de façon continue. Parfois, tout semble s'améliorer d'un coup. Et d'autres fois, on l'a impression de stagner. La voie du sevrage n'est pas linéaire: elle est faite de temps d'accélération et de pause, principalement pour permettre à votre esprit de s'adapter aux nouvelles données, et d'intégrer les projets déjà faits.
On peut cependant raisonnablement dire que trois facteurs vont peser plus lourdement sur la durée du sevrage:
1) l'intensité (quantitative) de la consommation. Comme pour n'importe quelle drogue, la question de la modération est primordiale. Le dépendant à la pornographie est toujours quelqu'un qui pensait se contrôler, et qui finalement, a vu sa consommation lui échapper. Plus le dépendant consomme de façon régulière, plus le sevrage risque d'être long.
2) l'intensité (qualitative) de la consommation. Le porno hard, voire très hard, provoque des effets addictifs plus appuyés que des représentations plus convenues de la sexualité. Toute image à caractère sexuelle entraine une imprégnation inconsciente (c'est la raison pour laquelle les publicitaires ont recours à la suggestion sexuelle). Plus l'image est extrême, plus l'imprégnation est durable.
3) la récurrence des sollicitations. On peut proposer à un alcoolique d'éviter de passer devant des bars quand il rentre du travail. Il se coupera ainsi des tentations. Mais pour le porno, c'est plus difficile, car les sollicitations sont nombreuses (pubs, certains clips musicaux, affiches pour des magazines en devanture des tabacs-presse...). Or, chaque sollicitation, même minime, est susceptible de réactiver des mécanismes que votre esprit tentait de refouler.
Cela veut-il dire que le combat contre votre dépendance est perdu? Non, bien sûr. Mais il ne faut pas ignorer le caractère hypersexué du monde dans lequel nous vivons. Adaptez votre sevrage à ces sollicitations. Si vous sentez que les tentations sont particulièrement nombreuses dans votre espace quotidien, redoublez de prudence et de volonté. Tout est vraiment question de rigueur. Souvenez-vous que les "écarts" ne sont pas possibles !
II. QUELS SONT LES SIGNES D'UN SEVRAGE COMPLET ?
D'expérience, j'ai listé cinq points de repères permettant d'affirmer qu'un sevage est complet. La réalisation de ces cinq points devrait vous permettre d'affirmer que vous vous êtes définitivement débarassé de la dépendance pornographique.
A. Vous serez guéri, quand vous n'aurez plus envie de consommer du contenu X
En tant que dépendant, vous avez sans doute déjà passé de longs moments à télécharger ou consulter du contenu pornographique. En début du sevrage, vous consacrerez une bonne part de votre énergie à lutter contre l'envie de retourner en chasse de contenu. Puis, un jour, vous vous apercevrez que résister vous paraît plus facile, que vous vous sentez moins attiré par la pornographie. Cela veut dire que l'effet de manque s'estompe. A la place, s'installe en vous une satisfaction grandissante d'avoir su résister, et la joie de voir que votre existence repart sur de bons rails. L'envie de conserver ce nouvel état d'esprit peut alors devenir un moteur, ce qui va vous aider à ne pas rechuter.... Restez évidemment toutefois prudent, et soyez patient. L'effet de manque va continuer à s'estomper, mais sa disparaition complète va sans doute prendre du temps.
TEMOIGNAGE DE TEDDY, EN COURS DE SEVRAGE, 20/12/10
"J'ai plus cette honte après le visionnage, quand doucement je rentrais dans mon lit à côté de mon conjoint à 1 ou 2 heures du mat, avec cette culpabilité à son égard, avec tellement d'images porno dans ma tête qui me faisait des fois me relever pour une seconde séance d'affilée."
TEMOIGNAGE DE RED, , EN COURS DE SEVRAGE, 20/12/10
Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com |
B. Vous serez guéri, quand vous n'aurez plus envie de vous masturber de façon compulsive
La masturbation compulsive est une des principales manifestations de la dépendance à la pornographie. C'est aussi une des plus persistantes, car vous aurez envie de continuer à vous masturber en pensant porno, quand bien même vous n'en consommeez plus (voir le paragraphe consacré à ce suejt dans l'article Comment s'en sortir)
Le jour où vous n'aurez plus envie de vous masturber en pensant au porno, vous aurez accompli un grand pas. Car vous serez à ce moment-là redevenu maître de votre corps et de votre sexualité.
Beaucoup de dépendants en début de sevrage, se demandent s'ils seront un jour capable de se masturber "sainement", c'est à dire sans excitation pornographique préalable. En fait, une fois sevré, la question de la masturbation aura perdu beaucoup d'importance à vos yeux. Vous aurez en effet l'envie de vous ouvrir à une sexualité plus épanouie, de retrouver le plaisir de faire l'amour à deux. Vos doutes et vos angoissses vis à vis de la masturbation vous paraîtront alors bien lontains.
Si vous êtes célibataire, rassurez-vous, personne ne vous demande de devenir moine :-). Vous pourrez continuer à vous masturber, tant que cela se fait ponctuellement, et que vous n'avez pas besoin de recourir à une stimulation sz pornographie. J'insiste cependant sur le fait que selon moi, un dépendant qui n'est pas encore sevré doit arrêter toute forme de masturbation. Son esprit étant encore entâché de représentations pronographiques, ces dernières risquent donc de rejaillir au premier excès masturbatoire. Cela vaut-il le coup de tout perdre pour si peu?
C. Vous serez guéri, quand vous apprécierez à nouveau de faire l'amour avec votre compagne
La majorité des dépendants qui sont en couple, ont des relations sexuelles insatisfaisantes. Soit ils reprochent à leur compagne de ne pas être "comme les actrices" des films X; soit cette dernière se sent utilisée, dévalorisée et déplore un manque de tendresse et d'affection de la part de leur conjoint (voir à ce titre l'article "L'altération de la sexualité du dépendant".
La libido du dépendant s'est détraquée sous l'effet de la pornographie; elle n'est plus en phase avec celle de sa conjointe. Lui rêve d'une sexualité mécanique, violente, assez individualiste. Elle continue de souhaiter une approche beaucoup plus relationnelle et affectueuse de leurs rapports.
Mais au fur et à mesure que le sevrage avance, vous vous surprendrez à être de nouveau attiré par l'idée de faire l'amour avec votre compagne, et non plus de baiser avec elle. Vous apprécierez à nouveau la tendresse, les caresses, les préliminaires. Vous redécouvrirez le plaisir, cette complicité qui donne tout son piment à la sexualité. Le sexe reprendra pour vous cette dimension relationnelle, que le porno vous avait ôté. Ce qui enrichira votre vie sexuelle, mais aussi votre vie de couple.
Le jour où votre compagne et vous-même aurez retrouvé une sexualité harmonieuse, basée sur l'écoute et la satisfaction des désirs de l'autre, et non plus sur le satisfecit des vagabonderies pro-pornographiques de votre esprit, vous aurez accompli un grand pas.
TEMOIGNAGE DE RED, FUTUR ANCIEN DEPENDANT, EN COURS DE SEVRAGE, 06/12/10
"Bonjour . Je suis en sevrage depuis cinq semaines et cela m’a fait beaucoup de bien (...).Avec mon épouse, je me surprends a lui dire des mots tendres ; à la caresser sans envie sexuelle .Et pendant les rapports, j’ai découvert le plaisir des préliminaires: caresses,baisers passionnés; je suis plus sensuel ; je n’ai plus de troubles d’érection ; j’éprouve une grande jouissance .Coté psychologie, je suis plus serein, moins tourmenté. Pour résumer, je dirai que ma vie est meilleure sans porno."
Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com |
D. Vous serez guéri, quand vous ne vous sentirez plus perpétuellement assaillie d'images pornographiques
Les dépendants à la pornographie les plus durement touchés, ont un esprit constamment assailli d'images pornographiques (voir à ce titre l'article Définition de la pornodépendance). S'ils arrivent à les contenir quand ils sont seuls, ils sont perpétuellement sollicités lorsqu'ils croisent des jolies femmes. Chaque situation, chaque rencontre même la plus banale, peut devenir le prétexte du développement d'une fantasmagorie pro-porno: c'est ce qu'on appelle la pornographisation.
Ce phénomèneest extrêmement perturbant pour le dépendant. Une simple bain de foule dans une rue passante peut vite tourner au calvaire. Il peut être également extrêment gênant de se sentir saturé d'images X, face à une collègue ou une amie proche. Le dépendant n'arrive pas à gérer cette dualité, entre l'individu qu'il est, et cet espèce de pervers saturé de visions pornographiques qu'il a l'impression d'être.
Ces projections permanentes sont liées au fait que l'esprit de l'addict est saturé d'images pornographiques. Pour prendre une image simple, disons qu' elles"débordent"du cerveau du dépendant. Le sevrage va justement enclencher une purge, ce qui permettra au dépendant de reprendre le contrôle.
Cette purge peut nécessiter du temps. Mais il n'y a rien d'autre à faire que de rester rigoureux dans son sevrage. Puis, un jour, vou vous apercevrez que ces sollicitations ont tout bonnement disparu. Cela se fait de façon très inconsciente. Et vous vous surprendrez à pouvoir à nouveau marcher tranquillement dans la rue, et à trouver tel ou tel jeune femme séduisante, sans arrière-pensée, tout simplement. Ce jour là, vous aurez fait un grand pas.
E. Vous serez guéri, quand vous n'y penserez plus !
Tant que vous serez obnubilé par l'idée de ne pas "replonger", vous ne serez pas complètement guéri. Cela signifie en effet q'une part de votre être se sent encore fragile, et apeuré à l'idée de perdre cette assurance, cette maîtrise de soi qui grandissent en vous. Il y a tout simplement là encore, un reste de manque de confiance à combattre.
En fonction de la dureté de votre dépendance et de la difficulté de votre sevrage, reprendre confiance peut parfois être long. Mais cela va se faire tout simplement. Vous serez comme tout un chacun rattrapé par les petites peines et les grandes joies de la vie quotidienne. Et vous vous surprendrez alors un jour à vous dire "mais oui, c'est vrai, j'étais dépendant! ". Ce jour-là, vous saurez que vous êtes complètement guéri.
Dernier point: rassurez-vous, vous "n'oublierez pas". Même complètement guéri, le dépendant reste prudent. Il sait que la pornographie lui a fait du mal, et même si tout cela est derrière lui, il n'a pas envie de replonger. Chat échaudé craint l'eau froide ! La leçon aura été profitable, puisqu' à l'avenir, vous serez sans doute beaucoup plus critique face aux nombreuses tentations pro-porno du quotidien.
AFREG. 1ère version de l'article: novembre / décembre 2010.
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